Hanoi – Dien Bien Phu en moins de 24 heures

Il est des paris un peu fou nés autour d’une bonne bière en compagnie de joyeux comparses et qui finissent par donner lieu à des aventures tout aussi folles mais au combien captivante.
C’est ainsi que le 3 décembre 2016, Claude Perzo c’est retrouvé au départ de Hanoi pour rallier Dien Bien Fu quelques 500 km plus loin en moins de 24 heures…

Ceux qui ont fréquenté les pelotons cyclos dans le milieu des années 90 et au début des années 2000 n’ont sûrement pas oublié Claude Perzo. Avec ses compères du Team Cyfac, alias les « Men in black » il a trusté les podiums sur les principaux monuments du cyclosport en France.

Désormais installé au Vietnam depuis 10 ans, il n’en a pas oublié pour autant sa passion pour le vélo.

Je venais au Vietnam pratiquement tous les ans, et au fil des ans, je me sentais bien dans ce pays, avec les habitants, la nourriture, le mode vie, la rapidité ou toutes les choses se font.

Il y a 10 ans, Claude a donc décidé de ne prendre qu’un aller simple pour ce pays aux milles visages et a élu domicile dans un petit village au milieu des rizières à 20 kms de Hanoi.

Au début, c’est essentiellement seul qu’il a commencé à prendre ses marques sur ses nouvelles routes d’entraînement. Puis progressivement, il s’est mêlé aux différents pelotons de cyclistes qui se retrouvent au départ de nombreux rassemblements. Certaines prennent des allures de courses professionnelles avec motos ouvreuses et voitures d’assistance. Il faut dire que les vietnamiens sont des passionnés de vélo et qu’ils n’hésitent pas à investir dans du matériel qui dépasse les 10 000 €.

On se retrouve à différents points de la ville le dimanche matin à 5:30 pour disputer des courses sauvages inter-clubs de 40 kms tout plats. Il ne faut pas arriver en retard car sinon le peloton partira sans vous ! Parfois, le peloton compte plus de 100 coureurs.

C’est au sein du « T2 Cycling Open » que Claude partage sa passion. Après ces fameuses courses du dimanche matin, ils retrouvent ensemble pour manger le Pho (prononcez « feu »), soupe tonkinoise, et véritable plat national vietnamien par lequel débute toute journée et qui peut se consommer à tout moment. Et bien entendu, à défaut de refaire le match, ils en profitent pour refaire la course !

Un pari lancé après quelques bières

C’est à l’occasion de l’un de ces moments de convivialité qu’est né ce fameux pari de rallier Hanoi à Dien Bien Phu en moins de 24 heures.

Du 26 au 28 novembre, Claude et ses amis du T2 Cycling Open ont en effet effectué ce périple en 3 étapes de 195, 155 et 120 kms. Peu rompus aux longues distances et à l’enchaînement des difficultés, ils étaient pour la plupart très fatigues à la fin de chaque journées.

Lors du dîner du 2e soir à Thuan Chau, après avoir bu quelques bières, l’un d’entre eux lança que c’était impossible de rejoindre Hanoi a Dien Bien en 2 jours. Et voilà que je me sentis obliger de lui répondre que je pourrai le faire en moins de 24 heures !

Prenant Claude au mot, tout est allé très vite comme cela se passe toujours au Vietnam et en moins de 10 minutes l’organisation du défi était calée. Heure de départ, assistance, motos ouvreuses, ravitaillement…rien n’avait été oublié. Claude ne pouvait donc plus renoncer !

C’est ainsi que le 3 décembre à 19 heures, un cortège d’une dizaine de motos et autant de voitures va lui ouvrir la route et l’accompagner sur près de 80 kms. La température est idéale et Claude part sur des bases très élevées à près de 35 km/h de moyenne pour atteindre Hoa Binh (km 80). Après cette première partie très roulante, il doit affronter une portion de 180 kms jusqu’à Moc Chau où il est toujours en prise. Il n’y a plus qu’une seule moto et 3 voitures qui l’accompagnent pour bien lui éclairer la route.

Les kilomètres défilent et Claude arrive au pied d’un vaste plateau qui culmine à 1000 mètres d’altitude auquel on accède après 20 km de montée.

J’effectue mon premier arrêt en arrivant sur le plateau pour me couvrir car désormais la température est inférieure à 10°c. Jusqu’ici les jambes tournent très bien mais j’ai la hantise d’être rattrapé par le sommeil.

Claude a cependant bien préparé son affaire et c’est parfaitement reposé qu’il avait pris le départ à Hanoi.

Passé ce plateau vallonné, la principale difficulté à gérer est la mauvaise qualité du revêtement. La route est en effet en très mauvais état et nécessite la plus grande concentration pour éviter les pièges. Mais Claude est un solide gaillard et son Bianchi Speciallissimo filtre parfaitement les vibrations.

A 6 heures du matin, 290 kms ont été parcourus. Quelques signes de fatigue dus au mauvais état de la route se font ressentir mais l’assistance de Claude est au petit soin. Petite pause pour manger, boire et se détendre un peu et Claude remonte en selle.

Pour ce raid, Claude a fait le choix de varier les aliments. riz avec du porc séché, du pain avec jambon, des pâtes, des bananes, du raisin, mais aussi des gels.

Lorsque Claude repas, il lui reste encore 180 kms à parcourir. Progressivement, il retrouve son rythme de croisière et ne semble pas affecté par les kilomètres déjà effectués. Pendant près de 70 km la route secoue encore.

Je maudis à ce moment l’état de la route mais heureusement le jour s’est levé et je peux profiter des magnifiques paysages du Nord du Tonkin.

Un second arrêt est prévu au pied du col Pha Din à 1500 m d’altitude, un des 3 cols routiers les plus hauts du Vietnam. L’ascension s’effectue sur une route enfin de bonne qualité sur environ 13 km. Claude grimpe sur un bon rythme faisant preuve d’une parfaire maîtrise de ses efforts. Arrêt express au sommet pour enfiler une veste en vu de la descente et voilà que se profilent les 50 derniers kilomètres. Il reste un dernier petit col de 7 kms à franchir et vient enfin une longue plongée vers Dien Bien Phu. La délivrance ! Claude a droit à une véritable ovation à son arrivée avec séance photos et remise d’un trophée récompensant ses efforts et sa bravoure.

Après ce pari réussi haut la main, Claude et ses amis vont comme à leur habitude se retrouver autour d’une bonne bière et qui sait si un nouveau pari ne naîtra pas de la traditionnelle séquence « on refait la course »…