Interview de Samuel Becuwe, aventurier des temps modernes

Conducteur de train à la SNCF, Samuel Becuwe est un des pionniers de la Transcontinental Race à laquelle il a participé en 2014 et 2015. Mais loin de se contenter de pratiquer l’ultra-distance, ce lillois de 36 ans est un vrai touche à tout. Sa passion pour l’univers du vélo remonte à l’enfance, lorsque son père lui apprit à faire du vélo sans les petites roues.

Depuis ce jour, je n’ai pour ainsi dire jamais arrêté. Une passion débordante qui va du VTT à l’ultra-distance en passant par le fixie, la piste, le cyclo-cross avec le nombre de vélo qui va avec… 9 !

Je n’ai jamais été un compétiteur. Même si je prends le départ de quelques courses, le plaisir passe avant tout. 

 

Je viens du VTT, qui a bercé mon adolescence. A l’époque de l’âge d’or de cette discipline, la team Sunn-Chippie….Nicolas Vouilloz…mon idole.
Je roule en VTT Single-Speed avec les amis du SSBE (singlespeed.be) avec lesquels je bois plus de bière que je ne fais du vélo ! 

 

La route, je n’y suis mis il y a 5 ans mais en pignon fixe que j’utilise pour les entraînements courts (moinsde 100km). Quand la météo n’est pas de la partie, je vais au Stab (vélodrome couvert de Roubaix) et l’hiver, je fais quelques courses de cyclo-cross que l’on organise entre amis. Enfin, je pratique aussi l’ultra-distance.

Une découverte de l’ultra-distance par accident

Fin 2012, en rentrant du boulot à vélo, Samuel est victime d’un accident dont il se relève avec de multiples factures du genou. Lors de la dernière opération (la 3 ème), le chirurgien, le docteur BOURREAU (cela ne s’invente pas) lui annonce un verdict irréversible : le vélo, c’est fini… C’était mal connaître le caractère de Samuel qui démarre alors une grosse rééducation.

Tous les matins il passe 2 heurs à 2 heurs 30 chez le kiné et 5 mois après l’accident, il peut enfin remonter sur un vélo et savoure sa première sortie comme une renaissance, en mode cyclotourisme, sans forcer.

Samuel va progressivement augmenter les distances en essayant de voir jusqu’où il pouvait aller…

En juillet, je me fais mon premier road-trip de 1000 km en 5 jours de Lille aux Deux-Alpes pour rejoindre des amis qui participaient à la Mountain of Hell à laquelle j’avais participé aux 3 éditions précédentes avec eux.

Ensuite, je prends connaissance des BRM, du Paris-Brest-Paris, etc… Intéressant, mais il manquait quelque chose.

Puis je tombe sur le teaser de la Transcontinental Race 2013. Des mecs de Specialized, en train de monter le Stelvio sous la pluie… une révélation, les yeux pétillent… j’ai trouvé mon objectif de rééducation : en 2014, je serai au départ de la TCR

A l’instar des organisateurs de la TCR qui font parti du collectif The Aventurists, Samuel rejoint à son tour l’univers de ces aventuriers des temps modernes.

Un défi fou : partir de Grammont, ville belge dont le “mur” a fait la légende du Tour des Flandres, pour rejoindre Istanbul en Turquie. Plus de 4 000 kilomètres à effectuer en solitaire, sans assistance, par un itinéraire que chacun des engagés choisit.

 

wbtv

 

 

Une aventure également très forte sur le plan émotionnel comme en témoigne Samuel.

En 2014, j’avais croisé, à 500 m de l’arrivée à Istanbul un mec qui en terminé (j’étais arrivé 2 jours avant). Quand je lui ai dit que l’arrivée était au bout de la rue , le mec a fondu en larmes dans mes bras… et j’en ai fait de même.
En fait, chaque personne que tu croise dans cette aventure te marque. Ils resteront à jamais tes compagnons de galère. Je pense tout d’abord à mon pote Stephane alias Kiwi qui a fait la TCR en pignon fixe ou à Alexandre qui prend la 2ème place en 2015. Lui, pour l’avoir rencontré 6 mois avant le départ, je savais qu’il pouvait prétendre au podium.

Désormais, après 2 participations à la TCR, Samuel rêve de nouveaux horizons.

La Great Divide, la TransAM mais ça, c’est un autre budget. Mais je pense de plus en plus à prendre mon vélo est à partir sans but, sans trace, juste une date de retour… partir « à l’arrache ».

Rouler l’esprit libre mais toujours pour une bonne cause, celle de la fondation Digest Science en l’occurrence dont il porte les couleurs. Une fondation qui a pour but de récolter des fonds pour la recherche digestive.

Ma meilleure amie est atteinte de la maladie de Crohn, je me sens donc très concerné. La Team Digest Science avec ses 450 membres aux couleurs très voyantes (le ROSE) a pour but de mettre en lumière des maladies qui ne se voient pas. Les intolérances au Gluten, les patients qui vivent avec une poche gastrique, cela ne se voit pas, donc on n’en parle pas…

Un nouveau challenge : organiser la French Divide

En attendant de pouvoir « partir à l’arrache » comme il le dit, c’est sous la casquette d’organisateur que l’on va retrouver Samuel en 2016.

fd-logo-298x300Inspiré par le Tour Divide qui traverse les Etats Unis du Nord au Sud à travers les pistes des Montagnes Rocheuses,  Samuel Becuwe s’est en effet donné un nouveau challenge : créer la French Divide.

L’idée est de traverser la France par les plus beaux sentiers, loin des villes, proche de la nature. Le tracé beta fait actuellement 2100km, pour 27.000D+ avec un départ à Bray-Dunes, la ville la plus au nord de France pour rejoindre la frontière espagnole au Pays Basque.
Un tracé en arc de cercle pour prendre une bonne partie des GR de St Jacques de Compostelle avec 4 check-points dont le Col du Tourmalet.

A la question « Existe-t-il un esprit divide ? », Samuel pense que non.

Chaque personne roule dans son esprit, certains jouent la gagne, d’autres l’aventure. Je pense plutot que nous sommes des hippies du vélo. Un vélo proche de la nature, loin de la facilité de la vie de tous les jours, loin de randos ou courses traditionnelles.

A lire également sur Vascomag un article consacré à la French Divide : http://vascomag.fr/french-divide-2000-km-a-travers-la-france-par-les-chemins-de-traverse

Crédit photo haut de page : Joseph DWY