Le cyclosport est-il en danger ?

L’histoire se répéterait-elle ? Plus de 15 ans après l’initiative d’un groupe de cyclosportifs revendiquant la défense des valeurs originelles du cyclosport à travers la définition d’une charte du cyclosport, quelques voix s’élèvent à nouveau pour tirer la sonnette d’alarme. Mêmes causes mêmes effets pourrait-on être tenté de dire. On retrouve en effet dans les maux actuels du cyclosport, ceux qui ont amené la bande de copain réunis autour de Didier Miranda, vainqueur de la Marmotte en 1997, à se mobiliser pour défendre les valeurs d’une discipline qui semblait s’égarer de ses fondamentaux.

Ayant pris l’habitude de se réunir chaque fin de saison pour un moment de convivialité, ce groupe de passionnés réunissaient des cyclistes de tous âges, des deux sexes, de plusieurs nationalités (Français, Belge, Allemand, Anglais, Suisse). Cyclos de tous niveaux, certains jouaient les premiers rôles dans les cyclos alors que d’autres préféraient l’anonymat du peloton. La rencontre de tout ce joli monde n’a pu se faire que par les cyclosportives. Leurs liens d’amitiés se sont forgés par leur pratique cyclosportive d’où leur attachement pour ces épreuves et surtout pour l’extraordinaire climat de convivialité qu’ils souhaitaient voir perdurer. La lecture du texte fondateur de la Charte du Cyclosport au début des années 2000 n’a finalement pas pris une ride dans le contexte actuel :

« Notre démarche pourra paraître surprenante, voir prétentieuse, pourtant nous savons pertinemment que nous n’avons pas la science infuse et nous ne prétendons imposer aux autres, ni notre état d’esprit, ni notre goût pour un certain type d’effort. Non, étant simplement des passionnés, qui ont trouvé, dans les cyclosportives, leur version personnelle du cyclisme, nous tenons simplement à ce que notre pratique sportive garde les bases, l’état d’éprit, les valeurs authentiques qui nous ont fait préférer celle-ci à toute autre forme. Nous estimons que certaines dérives commencent à affecter dangereusement nos épreuves chéries, sous diverses pressions: mercantilisme, administrations, fédérations, tendance à la facilité. »

Plus de 15 ans après, les mêmes maux affectent toujours le cyclosport au point d’amener certains à craindre pour cette discipline atypique. On retrouve ainsi dans la démarche des fondateurs de la Charte du Cyclosport des similitudes à l’appel lancé par Nicolas Roux dans une récente interview sur le site velo101.

«  J’aimerais que les organisateurs, les préfets et les cyclosportifs importants de France se mettent autour d’une table. Pour discuter de l’avenir de notre sport. Pour qu’il soit meilleur et disputé dans de meilleures conditions de sécurité. « 

Il y a manifestement une nouvelle volonté de réveiller quelques consciences comme souhaitaient le faire les pratiquants et organisateurs réunis autour de Didier Miranda au début des années 2000. Nombreux sont ceux qui constatent que ces derniers temps le plaisir de beaucoup est franchement entamé par les attitudes déplacées ou radicales de certains, organisateurs ou pratiquants.

L’esprit et l’ambiance des cyclosportives ont tout à perdre de ces comportements. La nécessité de continuer à défendre ce beau mélange de compétition, de sportivité, d’aventure, et d’amitié qui font des cyclosportives l’auberge espagnole du vélo, où chacun doit pouvoir trouver son plaisir semble donc plus jamais à nouveau d’actualité. Reste à savoir si une démarche aussi aboutie que celle des artisans de la charte du cyclosport verra le jour et qui en sera le porte drapeau.

Pour mémoire, voici les principaux points de la Charte du Cyclosport :

La charte a pour but de définir le cadre des épreuves cyclosportives en se référant aux épreuves mythiques originelles, et à l’esprit qui en découlait.

1) Les cyclosportives sont des épreuves cyclistes de masse disputées sur routes, ouvertes ou fermées, mais toujours sécurisées.

2) De part la présence systématique de classements « scratch » et « catégorie » et d’un chronométrage, ces épreuves représentent de réels challenges individuels et collectifs qui nécessitent une sécurité particulière et adaptée.

3) ce sont des espaces de liberté, d’expression sportive, ouvertes à tous, quel que soit le niveau de pratique, mais toujours dans le respect de l’esprit cyclosportif et de l’ensemble des pratiquants. Un organisateur peut toutefois limiter le nombre et la nature des participants pour des raisons de sécurité ou d’éthique qui lui sont propres.

4) Le cyclosport est avant-tout une aventure, les épreuves en sont basées sur des parcours longs ou exigeants, mythiques ou a caractère spécifique.

5) Les petits parcours ne sont envisagés que comme « annexes » et dans la mesure ou ils présentent des caractères d’organisation spécifiques, distincts et qui ne nuisent pas au déroulement du parcours principal et à l’effet de masse de celui-ci.

6) Les prestations et la sécurité sont impérativement assurées du premier au dernier concurrent et quel que soit le niveau de pratique.

7) L’organisateur se doit de fournir des prestations de qualité en rapport avec le tarif d’inscription.

8) Le pratiquant, s’il a un « Droit de courir », a aussi des « Devoirs de respect » vis à vis : des réglementations en place, de la sécurité, de l’ensemble des concurrents et de leur niveau de pratique, des organisateurs, des autres usagers de la voie publique, des populations rencontrées et de la nature et des sites traversés. Parfois, aussi des devoirs d’entraide.

9) L’esprit des cyclosportives doit rester conforme aux notions de dépassement de soi, de convivialité, d’équité, et d’honnêteté.

10) Le cyclosport doit continuer à promouvoir une image différente du sport cycliste et des challenges sportifs.