Omar Di Felice l’ultra-cycliste

Né le 21 juillet 1981 à Rome, Omar Di Felice a 13 ans lorsque Marco Pantani remporte coup sur coup les 14e et 15e étapes du Tour d’Italie en dévoilant au grand public l’étendue de ses qualités de grimpeur hors pair. Omar, les yeux rivés sur sa télévision est subjugué. Jeune garçon timide et réservé, il vient tout juste de prendre sa première licence. De sa première course, il se souvient de son stress en se retrouvant au sein du petit peloton où il avait pris place et de la difficulté qu’il a éprouvée tout au long de l’épreuve : trop vite, trop long, trop fort… Omar ne baisse pourtant pas les bras mais après 3 saisons, alors qu’il est sur le point de passer dans la catégorie junior avec désormais une solide réputation, il préfère donner la priorité à ses études. Il continue cependant à rouler, privilégiant des sorties relativement longues. Déjà…

Un rendez-vous manqué avec le cyclisme professionnel

En 2003, un diplôme de design en poche, Omar Di Felice décide de renouer avec la compétition puis il rejoint en 2004 une petite équipe amateur avec laquelle il va commencer à rivaliser avec d’anciens professionnels sur les épreuves de « granfondo ». Dès la mi-saison, il remporte sa première victoire après une échappée de plus de 80 km en compagnie d’un ancien coureur de l’équipe Carrera, Raimondo Vairetti. Il enchaîne ensuite les bons résultats ce qui lui vaut d’intégrer en 2005 l’une des plus importantes équipes amateurs d’Italie tout en effectuant quelques piges en tant que graphiste pour concilier travail et sport.

C’est au cours de cette saison 2005 qu’il explose littéralement en remportant notamment l’Alpen Brevet (5 cols, 276 km et 7000 m D+) au nez et à la barbe des meilleurs coureurs amateurs de l’équipe nationale Suisse. Il se montre également à son avantage fin août sur le réputé Oetztaler Radmarathon avant d’intégrer l’équipe d’Italie amateur pour la fin de saison où là encore, il fait étale de toutes ses aptitudes.

amore_et_vitaA la fin de cette saison 2005 particulièrement prolifique, Omar commence à envisager de voir son rêve de devenir professionnel se concrétiser. Il adresse son CV à diverses équipes et finalement, c’est l’équipe Amore & Vita va lui offrir le précieux sésame vers le monde professionnel. Mais alors qu’il est sur le point de débuter sa première saison pro en 2006, Omar accumule les ennuis de santé, dont une mononucléose qui le privera de toute la première moitié de la saison. Il revient finalement à la compétition en juillet, mais doit à nouveau s’arrêter pour soigner une grave infection. Il ne pourra non plus participer aux championnats du monde de Salzbourg où il avait prévu de courir sous les couleurs de l’Algérie, le pays de sa maman, puisqu’il dispose de la double nationalité.

J’ai passé une année et demie dans le monde cycliste professionnel. C’est déjà une belle satisfaction et une sorte de revanche sur l’enfant timide que j’étais. Ce fut aussi une année et demie dans la période la plus trouble du cyclisme avec les scandales du dopage. J’ai préféré découvrir autre chose.

L’ultra-cyclisme ou la seconde vie de Omar Di Felice

Omar décide alors de s’accorder une pause pour créer une entreprise dans le domaine du web-design. Le virus du vélo le rattrape en 2011 mais cette fois, c’est vers l’ultra-distance qu’il décide de s’orienter.

Il s’aligne ainsi sur le Tour du Mont Blanc dont il prend la 4e place non sans avoir beaucoup souffert. Aussi, il décide de prendre les choses au sérieux et s’offre les services de l’un des meilleurs entraîneurs italiens, Fabio Vedana. Omar Di Felice entend en effet franchir un cap et pour cela, il adopte une approche très rigoureuse de l’ultra.

« L’ultra-cyclisme est véritablement une discipline à part qui commence là où s’arrête le cyclisme traditionnel. L’approche de la discipline ne peut-être que professionnelle si vous vous voulez réussir. En Italie, l’ultra commence à décoller mais en Suisse, en Autriche ou aux Etats Unis, il est possible d’en faire une véritable profession. »

La saison 2012 sera encore difficile. C’est aussi une saison que Omar place sous le signe de la spiritualité en réalisant un raid de 1200 kilomètres entre Lourdes et Saint Jacques de Compostelle en 4 étapes. Il participe également à la Race Across The Alps (533 km, 13.000 D+) où il se classe 5e et termine 7e du TorTour en Suisse (1.051 km, 20.000 D+). Il accumule à chaque fois davantage d’expérience qui le renforce tant au plan physique que moral.

En 2013, il se distingue à l’occasion d’un raid hivernal de 1300 km en Islande. Après ce raid, Omar Di Felice se classe troisième de la Race Across Italia (640 km, 9000 D+) puis quatrième du Tour du Mont Blanc qu’il réalise sans aucune assistance et enfin, il obtient une seconde place au Tortour en Suisse. Sans doute en manque de kilomètres, il s’offre un dernier raid en solitaire entre le Stelvio et le Zoncolan, soit 500 km en 24 heures via les plus grands cols…

Plutôt qu’un compétiteur, Omar est avant tout l’homme des défis qui aspire à repousser toujours plus loin ses propres limites.

Quand vous n’avez pas un adversaire à battre, vous devez trouver la motivation au plus profond de vous. Les raids solitaires sont beaucoup plus difficiles qu’une course.

La saison 2014 marque un cap dans la carrière ultra-cycliste de Omar Di Felice. Tout commence en janvier par un raid hivernal et surréaliste jusqu’au Cap nord au cours duquel il va affronter des conditions particulièrement difficiles et faire face à des températures extrêmes durant 800 km.

Il enchaîne en février par un raid de 350 km de Rome à Cesenatico pour rendre hommage à son idole Marco Pantani dont on commémore le 10e anniversaire de sa mort.

Le 26 Avril, sous le contrôle des juges de l’Ultra-Marathon Cycling Association (UMCA), Omar établit un nouveau record de la traversée d’ouest en est de l’Italie entre Vintimille et Muggia, soit 712,3 km qu’il parcourt en 24h 39 m à a vitesse moyenne de 28,9 kilomètres par heure. C’est 1h 17 de moins que le précédent record et encore, Omar aurait sans doute pu faire mieux s’il n’avait pas du s’arrêter plus d’une heure en raison d’un coup de chaleur.

Il décroche enfin sa première victoire dans une épreuve d’ultra-distance à l’occasion du Raid Provence Extrême après une lutte acharnée avec le luxembourgeois Ralph Diseviscourt. Il établit pour l’occasion un nouveau temps de référence sur les 585 km d’un parcours affichant 12.000 m D+ en 21h 24 m. C’est pour lui une véritable consécration, un moment très fort sur le plan émotionnel.

team-omar

« Le Raid Provence Extrême reste l’un des meilleurs jours de ma carrière sportive. J’ai toujours été confiant car j’étais convaincu de m’être préparé au mieux. Cette victoire avec le Mont Ventoux en toile de fond vient récompenser tout le travail réalisé depuis 2 ans avec toute mon équipe, Fabio Vedana (mon entraîneur), Mark Sias (mécano talentueux irremplaçable) et Sara De Simoni (ma petite amie). Le plus grand moment restera cette dernière montée à 80 km du but, quand je ai regardé Ralph Diseviscourt droit dans les yeux et que j’ai tout donné pour le distancer définitivement.« 

A 34 ans, Omar Di Felice ne manque pas de nouveaux projets à l’instar de son récent périple entre Paris et Rome (du 26 février au 1er mars 2015) au cours duquel il a affronté les pires conditions climatiques pour effectuer ce nouveau raid hivernal d’anthologie via les Alpes. Ni le froid ni la pluie n’auront raison de sa détermination et au bout du compte, après 73 heures de selle, il parvient au pied du Colisée après s’être élancé de celui de la Tour Eiffel.

Il pense déjà à son prochain défi qui consiste ni plus ni moins à atteindre à vélo les plus hauts sommets du monde à l’instar de ce qu’a réalisé ami trailler Kilian Jornet.

« Quand je prends le temps de m’arrêter et de regarder en arrière tout ce que j’ai fait, c’est bien plus que tout ce que j’avais dans mes rêves.  Je suis déjà allé au delà de tout ce que je pensais faire. J’éprouve également un certain plaisir à constater qu’il y a 15 ans, personne n’aurait parié un euro sur moi.« 

A quelques jours du départ de la Race Across Italia, Omar peaufine sa préparation et affiche toujours la même volonté qu’il fait régulièrement partager via les réseaux sociaux sur lesquels il est particulièrement présent.

Voici quelques liens pour garder le contact avec celui qui est en passe de devenir le meilleur ambassadeur de l’ultra-cyclisme en Europe :