Pascal Bride en quête de revanche sur les routes de Slovénie

Après la Race Across Italy disputée fin avril, la Race Around Slovenia est la seconde épreuve majeure du calendrier européen d’ultra-distance. L’épreuve fête en 2017 son 10e anniversaire et à cette occasion, les organisateurs ont quelque peu revu le parcours tout en conservant les fondamentaux d’une épreuve particulièrement éprouvante.

Outre la distance, 1200 km, la RAS est rendue difficile par l’état général des routes empruntées et par la succession de terribles raidards avec des pentes avoisinant les 20%. Au total, le dénivelé positif s’établit à 15 000 m avec en point d’orgue le passage par le col de Vrisc à 1611 m d’altitude. Franchi après 400 km, ce col fait l’objet d’un chronométrage donnant lieu à un classement spécifique. Longue de 12 km, l’ascension affiche une pente moyenne de 7,8% avec des passages avoisinant les 13%. Outre ses pentes sévères, ce col des alpes juliennes se caractérise par sa route pavée sur le versant qui conduit à Kranjska Gora.

Par le passé, les spécialistes français de l’ultra-distance tels que Hugues Rico, Dominique Briand, Jean-Marc Velez ou encore Hervé Talabardon y ont connu des fortunes diverses.

L’alsacien Pascal Bride du Cyclo Club de Kingherseim, membre de la Team Cyclosportissimo connaît bien cette épreuve pour y avoir déjà participé à 4 reprises entre 2010 et 2013. En 2017, il sera une nouvelle fois au départ et nous livre ses impressions à quelques jours du départ.

Pascal, tu retrouves les routes de la Slovénie après avoir connu des fortunes diverses lors de tes précédentes participations, peux-tu nous parler de cette Race Around Slovenia ?

Pascal Bride : La Slovénie n’a jamais été une histoire simple pour moi et à chacune de mes participations il s’y est toujours passé quelque chose de plus ou moins fort sur le plan émotionnel. On pourrait en faire un livre ! C’est pourtant une épreuve qui m’attire toujours pour son caractère si particulier et pour l’ambiance que l’on ne retrouve nulle part ailleurs que dans ces villages slovènes où les gens vous encouragent même au cœur de la nuit. C’est quelque chose de magique qui donne la chair de poule. Ils ne vous connaissent pas mais ils crient votre nom car ils suivent tous les concurrents grâce à leur balise GPS. Je n’ai jamais retrouvé pareille chose ailleurs qu’ici en Slovénie où d’une manière générale la population se passionne pour les sports extrêmes.

De tes 4 participations à la RAS, quel est ton meilleur souvenir et le pire ?

PB : Comme je le disais précédemment, je crois avoir tout connu sur ces routes slovènes ! La joie et le bonheur comme en 2011 où je m’impose dans la catégorie des 50 – 54 ans avec un chrono de 53 heures. Les larmes et la désillusion en 2012 où j’étais parti pour passer sous la barre des 50 heures mais une crevaison de mon véhicule d’assistance me contraint à l’abandon…

La découverte de l’épreuve en 2010 malgré mon abandon après 42 heures et 938 kms dans des conditions particulièrement éprouvantes avec la pluie, le vent et le froid reste néanmoins un souvenir positif car j’ai énormément appris de cette première expérience. J’ai notamment eu la confirmation que la réussite sur une épreuve ultra c’est un tiers les jambes, un tiers l’estomac et un tiers la tête.

En 2013, c’est le physique qui m’a lâché. J’ai dû abandonner en raison d’une blessure à un genou. Ça reste le seul abandon sur blessure physique depuis 20 ans bientôt que je fais du vélo.

Avec tout ce que j’ai connu sur cette épreuve, ce n’est pas un hasard qu’à l’aube de mes 60 ans, j’y retourne.

Que redoutes-tu le plus sur les routes de Slovénie ?

PB : Le parcours de la RAS 2017 a été modifié dans sa première partie par rapport aux anciennes éditions avec un dénivelé un peu supérieur cette année mais toujours un kilométrage autour de 1200 km. Ce qui est le plus difficile sur la Slovénie, c’est les pourcentages élevés des ascensions. 15 000 m dénivelé réparti sur 1200 km ce n’est pas plus impressionnant que ce que l’on retrouve sur d’autres épreuves ULTRA en Europe mais le parcours de la RAS a la particularité de compter de nombreux raidards et franchir des pentes à plus de 15% voire 20% après 600, 800 ou 1000 km ce n’est plus la même histoire !

L’autre difficulté de la Slovénie est liée aux conditions météorologiques. Le climat y est en effet très rude et mieux vaut être bien équipé pour affronter la pluie, le vent et le froid auxquels il est quasiment impossible d’échapper.

Enfin, contrairement au Tortour en Suisse ou à la RAA en Autriche, l’état des routes en Slovénie est passablement dégradé, parfois on est d’ailleurs proche du gravel ! Mais au final, tout cela fait partie de la magie de cette épreuve.

Comparée à tes précédentes participations, as-tu revu ton organisation ou restes-tu sur le même format ?

PB : Je reste sur le même format au niveau de l’organisation avec une voiture d’assistance et 3 personnes en accompagnement. 2 chauffeurs qui se relayent et une personne qui gère toute la logistique pour moi. Compte tenu du budget nécessaire, difficile de faire mieux. Contrairement à certains participants étrangers, je n’ai pas la chance d’être sponsorisé même si je bénéficie de quelques petits coups de pouce sur le matériel notamment.

Peux-tu nous faire une petite présentation de chaque personne qui vont t’accompagner et du rôle de chacun ?

Vanessa Bride, pièce maîtresse de l’assistance

PB: Il y a tout d’abord Vanessa, mon épouse. C’est la « pièce maîtresse » de toute l’équipe et elle joue un rôle fondamental pour nous tous. Je ne me serai d’ailleurs jamais lancé dans ce type d’aventure sans elle. Son rôle est multiple : gérer la bouffe, les fringues et le mental pour moi et être en même temps le capitaine de route pour les 2 chauffeurs, Jacky BEHE et Valex NICO.

Jacky est depuis des années le principal assistant de toutes mes aventures ultra et il connait déjà bien la Slovénie pour avoir été à mes côtés en 2012 et 2013. Avec Valex, ils tâcheront de préserver la voiture et le cycliste sur ces fameuses routes délicates et défoncées ! A tour de rôle, ils m’assureront également un soutien radio via l’oreillette que j’utiliserai.

Comment as-tu préparé cette épreuve ? Quels choix as-tu fais au niveau matériel ? Comment compte tenu gérer ta progression, l’alimentation et les phases de repos ?

PB : Au niveau matériel, après avoir longtemps roulé sur de l’acier et en 650 avec notamment les FKC de François Kerautret, ce sera la première fois que je dispute une épreuve ultra sur cadre carbone (Tarmac Sworks) avec des roues de 700 carbones Stevan 11.

Pour ce qui est de l’alimentation, pas de changement par rapport à ce qui m’avait plutôt bien réussi sur la RAA en Autriche. A savoir une alimentation liquide les 24 premières heures et ensuite un panachage avec une alimentation solide plus classique. S’agissant du sommeil, je pense avoir fait des progrès depuis la RAA 2015 en privilégiant des micros pauses en fonction de mon état physique et mental à partir de la 30e heure. La difficulté supplémentaire de la RAS est de partir le soir à 20h ce qui signifie que l’on commence immédiatement par une première nuit qui n’est jamais facile à gérer pour l’organisme au contraire d’un départ le matin où l’on sort d’une nuit de repos.

Pour finir, compte tenu de tes expériences passées, quel objectif auras-tu en tête au moment de t’élancer ?

PB : Il va être difficile de rééditer ma performance de 2011 où j’avais remporté ma catégorie d’âge car je me retrouve cette année dans celle de Marko Baloh qui chez lui, en Slovénie, sera un candidat redoutable. A 60 ans il faut aussi être réaliste. Faire aussi bien qu’en 2011 sera forcément plus compliqué mais j’ai toujours en tête cette envie de faire tomber la barrière des 50 heures. Je vais donc essayer d’aller la chercher. Ce sera un défi personnel et une sorte de revanche sur le sort qui ne m’a pas épargné lors de mes précédentes participations.