Ralph Diseviscourt, du tennis de table à l’ultracyclisme – Partie 1

Dans le petit univers de l’ultracyclisme, le luxembourgeois Ralph Diseviscourt commence à avoir une solide réputation. Né à Wiltz, petit village d’une centaine d’habitants perdu dans les Ardennes luxembourgeoises à une dizaine de minutes de Bastogne en Belgique, il fêtera son 39e anniversaire au mois de juillet.  Marié à Florence avec qui il a eu 2 filles, Claire et Charlotte, âgées de 5 et 8 ans, il est diplômé de l’Institut d’Etudes Politique de Strasbourg et travaille à la Banque Internationale à Luxembourg où il occupe le poste de responsable du service d’ingénierie financière au sein de la salle des marchés ce qui lui vaut de travailler 40 h / semaine.

Le tennis de table, tremplin vers le cyclisme

A 12 ans, sa première licence sportive est une licence de… tennis de table ! Il faut dire qu’à proximité de Wiltz, son village natal, c’était le seul club de sport existant. Comme tous les jeunes du village, ce fut donc un passage incontournable qui va cependant être une révélation pour Ralph.

En effet, quand on demande à Ralph ce qui l’a conduit à s’orienter vers le cyclisme, il vous répond que c’est justement le passage par ce petit club de ping-pong.

En effet, à l’époque, au mois de juillet tous les ans, avait lieu dans la région une course cycliste de 24h en relais à laquelle participait le club de tennis de table de Wiltz. Ce fut le déclic pour Ralph qui prit alors rapidement goût au vélo.

Petit à petit, j’ai commencé à rallonger les sorties à m’entraîner de manière plus systématique. J’ai fait mes premiers stages de vélo dans les alpes françaises et j’ai participé à mes premières épreuves cyclosportives au Luxembourg. Après le bac, j’ai donné la priorité à mes études à Strasbourg tout en continuant à pratiquer le vélo de manière plus ou moins régulière avec un volume annuel ne dépassant pas les 5.000 km. 

 Une première licence de cyclisme à 27 ans

De retour au Luxembourg une fois ses études achevées, Ralph va longtemps hésiter à prendre une licence dans un club cycliste. Finalement il craque en 2003 à l’âge de 27 ans !

Même si ce fut certainement beaucoup trop tard pour pourvoir espérer faire une grande carrière dans le milieu de la petite reine, peut-être n’aurais-je plus la même motivation aujourd’hui si j’avais commencé dans les catégories de jeunes comme beaucoup de mes amis qui viennent déjà de poser pied à terre.

Ralph Diseviscourt fait ses débuts dans le milieu amateur au moment où Andy Schleck commençait à faire parler de lui dans la catégorie des Espoirs. Pour Ralph, les premières courses vont être difficiles : rythme élevé, attaques et accélérations permanentes, le comportement d’un peloton… Au bout de 2 – 3 ans d’apprentissage il commence cependant à connaître ses premiers résultats probants.

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Un vieux diesel avec 12 cylindres selon Andy Schleck

Le terrain de jeu privilégié de Ralph est avant tout celui des courses longues et difficiles. Manquant d’explosibilité, sprinteur moyen et ayant du mal à se cacher dans le peloton, Ralph ne se sent à l’aise qu’une fois lancé au sein d’un petit groupe d’échappés ce qui lui vaudra d’être comparé à « un vieux diesel avec 12 cylindres » selon Andy Schelck !

J’ai gagné mes premières cyclosportives en 2004-2005 sur des terrains accidentés à montagneux. J’ai toujours adoré le milieu des cyclosportives à cause de l’ambiance qui y règne et des parcours souvent magnifiques. Mes résultats me donnaient raison de continuer sur les 2 voies : courses et cyclos. 

Se considérant lui-même comme un rouleur / grimpeur, Ralph se sent très à l’aise dans les efforts solitaires comme en témoigne ses titres de champion du Luxembourg amateur du contre la montre. Mais le plus souvent, son manque d’expérience de coursier dans les épreuves en ligne ne lui permettait pas d’obtenir des résultats conformes à son réel potentiel alors qu’il était capable de développer jusqu’à 500 watts au cours de tests d’effort.

Je ne veux pas avoir de regrets de ne pas avoir tout donné. C’est mon style de courir, partir vers l’avant, attaquer, sans se cacher, même si je risque de partir trop vite et de trop loin.

Mais avec l’âge, et après plusieurs chutes en compétition, Ralph va commencer à avoir des doutes quant à sa future carrière de cycliste.

Je me disais que je ne pouvais rien gagner de plus en tant qu’amateur : j’ai remporté des courses et des cyclos, je suis multiple champion national, j’ai pu porter des maillots distinctifs comme sur la Flèche du Sud, j’ai eu la chance de pouvoir faire ces courses avec les pros en équipe nationale comme le Tour du Luxembourg, etc.

Le Tour du Mont Blanc : une révélation

En 2011, c’est quasiment par hasard que Ralph Diseviscourt découvre le Tour du Mont Blanc. Cette épreuve va lui faire changer de cap. Il s’impose devant Eric Leblacher et récidive en 2012 en établissant un nouveau temps de référence puis termine 2 fois second les années suivantes derrière Roland Chavent et Bart Bury.

Le TMB avec ses 330km et 8.000m+, le tout dans une ambiance presque familiale aux Saisies, était pour moi la porte vers l’ultra. J’ai tellement apprécié ce milieu que j’ai décidé en 2014 d’orienter toute ma préparation sur le Raid Provence Extrême en délaissant partiellement ma saison de courses.

Une nouvelle étape franchie au Raid Provence Extrême

Après avoir remporté une 5e fois le titre de champion national amateur du contre la montre, Ralph Diseviscourt démontre toute l’étendue de son énorme potentiel sur les routes surchauffées du Raid Provence Extrême face à l’italien Omar Di Felice. La cadence imposée par Ralph est infernale. Hélas, en pleine nuit dans la descente du col de Macuègne alors qu’il fait la course en tête, il ne peut éviter un sanglier qui traverse la route. Il lui faudra au moins 15 à 20 minutes pour reprendre ses esprits et repartir sans trop de dommage fort heureusement. Mais cette chute l’a marqué et Omar Di Felice va parvenir à le distancer dans la côte de Sainte Anne avec ses passages à plus de 18%. A bout de force et souffrant du dos, Ralph y met pied à terre. Il laisse ainsi Omar Di Felice s’envoler vers la victoire à Saint Rémy de Provence et termine second à 5 minutes de l’italien.

Au RPE, je voulais franchir une nouvelle étape, découvrir le cyclisme sous une autre facette moins connue mais tellement plus intense. J’ai un grand respect pour l’organisateur du RPE, Patrick François. Sans son engagement et son dévouement, cette épreuve ne serait pas réalisable. Idem pour Jean-Claude Arens avec le Raid Extrême Vosgiens. Il faut des personnages pareils pour faire vivre l’ultracyclisme en plus de nous les coureurs fous !

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En 2015, Ralph a donc décidé de se concentrer uniquement à l’ultracyclisme pour tester ses limites et vivre de nouvelles aventures qu’il espère aussi intense que celle qu’il a vécu à l’occasion de la Dolomitica en septembre dernier. Avec son potentiel et sa rigueur dans la préparation, nul doute que s’ouvrent à lui un bel avenir dans l’ultra…

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