L’Italy Divide

Derrière ces deux mots se cache une formidable aventure sportive, humaine et touristique.
Bon, ça c’est pour avoir une belle introduction. La réalité c’est plus de 1300 kms, plus de 22000m de positif, de la souffrance, du déficit de sommeil, du manque d’hygiène et j’en passe…
Les deux dernières éditions ayant été reportées pour les raisons que l’on sait, cette année sera la bonne ! Enfin je l’espère…

Prélude

Tout d’abord, petite parenthèse pour signaler la gentillesse de l’organisation et du camping d’accueil qui ont gardé la réservation active pendant deux ans. Le rendez-vous est donc acté pour le 23 avril 2022. Billet d’avion pris dans la foulée et me voilà en train de surveiller la météo quotidiennement dix jours avant l’épreuve.

Car oui, c’est un de mes points faibles, la (non) résistance aux conditions climatiques difficiles . Comme me dit Maxime, je suis trop bien habitué à rouler au sec sous le soleil toute l’année.
Autant dire que j’étais un peu dépité de voir une incursion certaine de la pluie pendant un ou deux jours. Tant pis, je ferais avec.

Autre petit coup de stress, le transport du vélo dans l’avion. J’appréhende qu’il y ait de la casse lors du voyage, les bagagistes n’étant pas réputés très soigneux. J’essaie donc de l’emballer de façon à ce qu’il arrive indemne. Deux heures de voiture puis d’avion plus tard et me voilà à Naples, sous un temps mitigé. Il a plu, tout est trempé, et le ciel est bien noir.

Immersion dans l’Italie du sud


Déballage et remontage partiel du vélo et me voilà en route vers Pompeï, lieu du départ. Je fais le trajet avec un allemand qui est aussi inscrit sur cette ID.

J’arrive sur le site, prends la chambre (que je partagerais avec trois italiens et un polonais) et commence à faire la queue à l’inscription. Il y a énormément de monde. Je croise Steven qui me dit qu’on est dans les 300 au départ ! Il y a en effet pas mal de report des deux dernières éditions.

Équipement

Le temps d’attente me permet de visualiser un peu les montures des participants. Deux écoles s’affrontent : ceux qui partent chargés à bloc avec des sacoches de partout et ceux qui au contraire ne sont pas venus faire du tourisme, avec un chargement minimaliste comme s’ils partaient pour une journée.

Une de cadre dans laquelle se trouve la nourriture, un chargeur nomade, une couverture de survie.
Une de selle dans laquelle j’ai mis quelques vêtements ainsi qu’un bivy et un duvet.
Et enfin une sacoche de cintre où se trouve tout l’outillage et un petit sac à dos.
Pour clore cette parenthèse matériel j’ai fait le choix, après pas mal d’hésitation, de partir avec un moyeu dynamo afin d’être autonome en électricité (recharge du GPS et du téléphone).
Je récupère enfin le package de départ et file vers la chambre pour une bonne douche.
Mes compagnons de chambre arrivent un à un et on discute dans un anglais approximatif des choix du matériel et de l’objectif de temps visé.

Le repas est ensuite pris en commun au restaurant du camping avec une classique pizza bière au menu. Là j’avoue que ce n’est pas le meilleur moment que j’ai passé. Je ne connais personne et mange tout seul. Je récupère le tracker GPS ensuite et file me coucher.

Une mise en route laborieuse

Le départ est sensé être à 11h30 le lendemain, ce qui va laisser largement le temps de terminer les préparatifs de dernière minute.
Le lendemain le soleil est revenu, la chaleur bien présente, le moral remonte !
Bon, ça ne va pas durer, le petit déjeuner prévu par l’organisation est, comment dire, léger ! Un thé, un croissant et basta !! Ils savent que le matin il me faut presque une baguette ??

Bref… La suite va me gonfler sévèrement. Une fois le tracker mis en place sur le casque, après être descendu en ville acheter un petit tournevis cruciforme (car forcément celui que j’ai est trop gros) pour ouvrir le boîtier afin d’y insérer les piles, l’attente commence. Trois heures d’attente….

J’en profite pour manger un morceau et acheter aussi une part de pizza et un hot dog pour ne pas m’arrêter en route. Bon, là j’avoue que je suis en train de bouillir ! Il est 11h00 et il y a encore du monde aux inscriptions. On n’est pas parti… Je prends sur moi et essaie de patienter sans m’énerver.

Cap sur le Vésuve

Enfin le départ est donné ! Il est plus de midi. Ça part un peu fort je trouve surtout que l’on traverse la ville. Ça double à droite, à gauche, ça roule sur les trottoirs, ça coupe la route. Je reste quand même dans les roues en essayant de limiter la prise de risque. Après quelques kilomètres dans cette jungle urbaine le premier juge de paix se présente : l’ascension du Vésuve.

Comme d’habitude, dès que ça monte, plus personne. On est trois quatre à prendre les devants, je monte à mon rythme sans me cramer.

La route laisse place à une piste puis à un sentier. Plus on monte et plus le terrain dévore de l’énergie : on roule dans de la terre volcanique qui s’apparente à du gravier. C’est souple et les roues s’enfoncent.
Je termine en poussant un peu avant d’attaquer la descente sur bitume. Mes compagnons de route m’ont lâché et je vais rouler seul pendant presque toute la journée.

La vue est sublime et la descente sur Naples plaisante avec de nombreuses épingles. Par contre il y a de la pente !

Une ambiance glauque…

La traversée de Naples s’effectue sans soucis et je longe une côte assez urbanisée pendant un moment. Je rattrape un concurrent à la faveur d’une bosse puis poursuis ma route le long du littoral.

Alors là, grand moment d’immersion dans un environnement, comment dire, particulier. Pas hostile, mais pas loin quand même. Des bâtiments à l’abandon, des bâtiments habités mais que l’on croirait abandonnés, des hôtels de passe, des dames qui se promènent en tenue légère (il ne fait pourtant pas si chaud que ça), des types louches, une ambiance un peu glauque .
J’accélère pour me barrer de cet endroit rapidement.

Je reprends un autre gars avec qui on va attaquer un chouette single trop court pour éviter un tunnel.

Le temps de m’arrêter prendre de l’eau et je me fais doubler par deux gars. Ça roule quand même fort je trouve, le moindre petit arrêt se paie cash.

Première nuit

La nuit commence à tomber et c’est dans le noir que la première bosse se présente : un single à remonter dans les cailloux . Je le remonte en roulant et poussant avec deux allemands. Ma lumière est trop faiblarde (pas assez de vitesse). J’arrive enfin en haut un peu cramé et attaque la descente sur route. Là bien sûr, je loupe un embranchement et redescend jusqu’au village en contrebas où je reconnais le début de ce que je viens de gravir !!! Merde ! Coup d’œil sur le GPS et effectivement j’ai loupé un truc…

Allez, faut remonter maintenant. Étonnement ça ne m’énerve même pas, je sais que je vais commettre d’autres erreurs de navigation de toute façon.

Je retrouve dans le single deux anglais avec qui je jardine un peu. Je les laisse partir.

Encore une fois je trouve que les gars roulent fort quand même. Je limite les arrêts au maximum, roule pas trop mal mais malgré ça ils envoient comme s’ils partaient pour un 400 ou 500.

A la faveur de deux trois bosses je reprends deux concurrents mais vers 03h00 la pluie s’invite. Faible au début puis de plus intense au point de devoir m’abriter dans un abri bus. Je repars à la faveur d’une accalmie mais la route est trempée et moi aussi du coup !

La nuit est douce, heureusement, et la suite est roulante, une alternance de routes et de pistes jusqu’à Rome.

Je n’ai pas mangé grand-chose, juste mon hot dog, et je n’ai pas très faim. La traversée de Rome à 07h00 du matin est calme. Il pleut toujours, je décide de continuer. Une longue piste cyclable me sort de la ville pour atteindre un petit village où je m’arrête pour manger un morceau.

J’ai faim mais rien ne me fait envie, il faut que je me force pour tenir la journée. Un café et deux viennoiseries plus tard et je repars sous un ciel menaçant.

La matinée passera assez vite, au rythme des arrêts je dépasse et me fait dépasser par un concurrent.

La pluie s’invite vers 13h30, le ciel est noir et rien ne présage une amélioration de la situation.
Je me couvre en conséquence et continue en roulant et poussant. La fatigue commence à se faire sentir et les coups de cul à plus de 15% me font mal, et ils sont nombreux. Je traverse de beaux villages médiévaux mais sous cette pluie ballante je n’en profite pas, je suis frigorifié.

En quête d’une chambre


A 19h30 je décide de m’arrêter dans une station service fermée pour m’abriter de la pluie. Tant pis pour le classement, je ne vois pas d’autre décision à prendre que celle là. Ce n’est que du vélo, je ne vais pas risquer l’hypothermie pour garder ma place. Je suis frigorifié, je tremble, je claque des dents, je suis au bout du rouleau. Je tente de trouver un hôtel via mon téléphone mais je tremble trop pour pouvoir l’utiliser.

J’appelle Adeline qui tente en vain de me trouver un hôtel mais il n’a rien dans le coin.
Je sors de la trace pour descendre jusqu’à la ville située en contrebas pour tenter ma chance et passer la nuit au chaud. Un gars m’interpelle pour me féliciter, il organise un ultra trail et suit l’épreuve. J’en profite pour lui demander où je peux passer la nuit. Il m’indique la présence de trois hôtel à quelques centaines de mètres de là. Le problème c’est qu’en Italie ce week-end est férié (lundi) et beaucoup d’hôtels sont complets.

Je pousse la porte du premier en espérant un miracle. Bon, faut savoir qu’en ultra ou bikepacking, on est dans un état de présentation et d’hygiène très douteux, donc là, après plus de 30h00 de roulage sans dormir et à rouler dans la boue, autant dire qu’essuyer un refus me semble fort probable.

Comme je m’y attendais, l’hôtel est complet mais j’insiste pour qu’il essaie de me trouver ne serait ce qu’un endroit pour dormir au chaud. Il me dit d’attendre ,il va trouver quelque chose, je suis toujours transi de froid et claque des dents dans le hall.

Enfin il me propose une chambre en me demandant si ça me dérange qu’il n’y ait pas la télévision. S’il savait que je m’en tamponne à un point de sa télévision !!!

Ni une ni deux je monte au deuxième pour prendre une douche chaude qui va durer dix bonnes minutes. Il faut absolument que je me réchauffe. Mon moral qui était au plus bas vient de remonter d’un coup. Je tente de faire sécher mes affaires trempées.

D’ailleurs petit coup de gueule contre les gants et les chaussettes étanches qui ne le sont pas du tout. Au bout d’une heure pieds et mains sont trempées.

Je descends manger un morceau au restaurant jouxtant l’hôtel. Bon, c’est un japonais mais je n’ai franchement pas envie de marcher sous la pluie pour tenter de trouver un plat de pâtes. Quelques sushis, du riz épicé et une bière feront l’affaire.

Je remonte vers 21h15 et tombe d’une traite dans les bras de Morphée jusqu’à 05h30.

Cap sur Florence via les strade bianche


Le réveil fut douloureux : j’ai l’impression d’être passé sous un camion, j’ai mal partout !! Je peine à sortir du lit.

Départ à 06h10 pour essayer de rallier Florence ce soir. Ma stratégie de départ était de passer la première et la dernière nuit sur le vélo, les deux autres en dormant quelques heures seulement.
Le froid et la pluie ont eu raison de mon plan et me voilà avec plus de 11h00 d’arrêt dès le deuxième soir.

A ce moment là mon objectif sera juste de rallier l’arrivée sans craquer et dans la nuit de mercredi à jeudi au plus tard. Je bosse samedi matin et je dois impérativement rentrer avant (deux jours de voyage pour revenir).

Le lendemain donc, la pluie a cessé et je repars bien plus sereinement que lors de mon arrivée la veille.
Je remonte par la route jusqu’au point où j’ai laissé la trace et reprends celle-ci pour une énième ascension d’un village médiéval. Cela va rythmer ma journée. Ici pas de demi mesure, c’est soit du faux plat, soit du 15-20% !

Les premières Strade Blanche font leur apparition et les premiers concurrents aussi à mon grand étonnement.

Je dois en doubler facilement cinq ou six dans la matinée. J’ai l’impression qu’ils sont à l’arrêt !! Ma stratégie fortuite était pas mal finalement. Les huit heures de sommeil m’ont boosté et les kilomètres défilent rapidement.

Vers midi, je n’ai rien mangé depuis hier soir, rien ne passe, je prends une pause dans un petit village perché noir de monde et avale un classique sandwich bière. Pas envie de sucré, pas envie d’eau, seule une bière me fait envie comme lors de nombreuses fois. L’après midi passe assez vite dans les paysages reposants de la Toscane. Je double encore quelques concurrents.

L’objectif, comme dit plus haut, sera de rallier Florence ce soir pour passer la partie suivante de jour comme conseillé par l’organisation. Je dois donc faire à peu près 280 kms dans la journée. Mais c’est sans compter sur un d+ important de 7000m environ.

Steven m’avait prévenu qu’avant Florence il y avait une belle saloperie à grimper. La voilà enfin, via le biais d’une belle montée de quelques centaines de mètres de positif.

Je n’ai toujours rien mangé depuis midi et je me force à prendre une pomme, pas trop envie d’autre chose.

Le début est sympa, piste pentue (tiens donc !), puis se calmant progressivement. La tombée de la nuit marque une bifurcation droit dans la pente sur un sentier boueux. Plus j’avance et plus la boue est présente et le terrain devient vite piégeux, surtout de nuit.

Je double encore un concurrent qui me semble bien fatigué. Et forcément, ce qui devait arriver arriva ! Roue avant plantée dans un trou et passage du bonhomme par-dessus le vélo.

Je repars en contrôlant que je n’ai rien perdu mais un bruit parasite m’inquiète un peu. La bascule dans la descente ne tarde pas et une piste rapide m’amène vers Florence.

Ah, ben non, raté, ce n’est pas Florence…. Bon, je ne suis plus très loin à priori, ça devrait aller vite.

Après avoir traversé la ville me voilà au pied d’une énième bosse que j’espère être la dernière. Et là, le fameux bruit qui m’inquiétait tout à l’heure revient : impossible de monter les vitesses !! Je regarde vite fait et effectivement le dérailleur est complètement tordu. Je n’insiste pas, il me tarde d’arriver, en espérant que ce soit seulement la patte de dérailleur qui ait servi de fusible. Dès que la pente devient sévère je dois mettre pied à terre et pousser. Usant.

Une 3e nuit à Florence et un réveil douloureux

J’appelle Adeline en lui demandant de me réserver un hôtel à Florence. Subtilité, il faut qu’il soit sur le parcours, ou pas loin, et surtout qu’il soit ouvert au moins jusqu’à minuit. Je ne pourrais y être avant, ma progression étant plus lente que prévu.

Elle me trouve donc une chambre ce qui me motive pour accélérer afin d’arriver et de me poser le plus rapidement possible.

Deux trois bosses plus tard me voilà enfin en ville. Il y a encore du monde malgré l’heure tardive. J’ai faim et j’ai surtout envie d’une bonne douche. Je récupère la chambre et sors pour trouver de quoi manger. C’est ballot, en ce jour férié tout est fermé et je termine dans un semblant d’épicerie qui ne propose pas grand-chose… Un pot de fromage blanc, un paquet de chips et une bouteille de thé froid me serviront de repas ce soir. Je les avale goulument avant de prendre une douche et de me coucher. Il est une heure du matin et je dois partir tôt demain pour espérer arriver dans les temps.

Je mets le réveil à 06h00 histoire un dormir un peu.

Je ne dors pas bien et décide de me lever à 04h00. J’ai un peu de mécanique à faire, changement de la patte de dérailleur, donc autant prendre un peu d’avance. Dans mon malheur j’ai eu de la chance car la probabilité de trouver un dérailleur compatible est assez minime surtout en ces temps de pénurie !

Me voilà donc à 04h00 du mat dans la cour de l’hôtel en train de faire de la mécanique sur mon vélo. Le gars de la réception de me regarde d’un air perplexe avant de retourner se coucher !
Je repars, en ayant au préalable pris soin de soigner mes plaies.

Car oui, point que j’ai omis de mentionner, je souffre le martyr depuis deux jours à cause des frottements dus aux coutures du cuissard contre le haut de mes cuisses. J’ai la peau à vif et je me fabrique un pansement de fortune avec un mouchoir en papier et du chatterton. Ça me permettra j’espère de rallier l’arrivée sans trop de douleurs. Car jusqu’à présent j’avoue que j’ai pas mal morflé !

Chaque coup de pédale est un calvaire et la peau s’est carrément arraché du côté droit.
Mon séant n’est pas au top non plus malgré un apport quotidien de crème apaisante. Car bien sûr je suis parti avec un cuissard premier prix que je n’ai pas essayé au préalable !

Je n’aurais finalement pas vu grand-chose de Florence mais ce sera l’objet d’un autre séjour plus calme on va dire.

Dès la sortie de la ville les hostilités commencent, entre Florence et Bologne le parcours est accidenté et semble être la partie la plus dure de l’épreuve. D’entrée je double un concurrent qui a l’air bien entamé puisqu’il pousse son vélo sur une partie que j’arrive à monter.

La suite sera une alternance de sentiers, de pistes et un soupçon de route.

Par contre les pourcentages sont toujours élevés, entre 15 et 20, ce qui occasionne pas mal de poussage. Je n’ai presque rien mangé ce matin en partant, juste deux madeleines, et à la faveur d’un arrêt cimetière (traduction, pour prendre de l’eau) je me force à avaler un restant de pizza histoire de pouvoir continuer. La constante de ce tronçon sera sans conteste la boue, omniprésente, soit liquide, soit collante, mais toujours invasive.

Je croise énormément de randonneurs, on se croirait sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, qui pataugent eux aussi allègrement dans ce cloaque géant. Je dois m’arrêter plusieurs fois pour enlever la boue du vélo et lubrifier la chaine qui par ses bruits d’agonie menace de casser d’un instant à l’autre.

Arrêt épicerie vers midi où j’avale une boîte de sardines, de la semoule épicée et une pomme.
Je rattrape encore trois concurrents qui semblent être bien physiquement atteints. Mine de rien, évoluer sur ce terrain fait consommer pas mal d’énergie.

L’arrivée sur Bologne est ponctuée de très beaux panoramas et une longue descente m’emmène directement en ville. Encore une fois le tracé nous fait traverser le centre ville historique, ce qui n’est pas pour me déplaire. Bon, sauf à Sienne où je suis carrément obligé de pousser le vélo tellement les rues sont bondées !

Je ne m’attarde pas trop puisque j’aimerais me rapprocher au maximum de Vérone avant de faire une pause sommeil et repartir pour le dernier gros morceau. Je ne l’ai pas précisé mais la fin du parcours est le bouquet final d’un feu d’artifice qui nous a offert jusqu’à présent de multiples facettes au travers d’une trace variée, riche en paysages, intense en émotion.

Plus concrètement après 250 kms de plat, la fin nous gratifie deux montées de respectivement 1700 et 1500m de positif. Ce final je le crains et j’essaie de l’anticiper en en gardant sous le pied et en me préparant mentalement à affronter ces deux géants.

Dès la sortie de Bologne le ton est donné : c’est plat, plat, et encore très plat ! Ça va être long….
Le tracé alterne petites routes et pistes sur des digues. La plaine du Po est très agricole et de nombreux canaux irriguent les champs.

Je double encore un concurrent qui m’avoue être fatigué. Il n’a pas beaucoup dormi, environ 1 à 2 heures par nuit et accuse le coup. Vers 20h00 je m’arrête manger une boîte de thon à la catalane, je n’ai quasi rien avalé depuis midi, recharge en eau et repars pour attaquer cette dernière nuit.

Rouler de nuit sur cette portion me semblera moins long, du moins je l’espère. Nouvel arrêt vers 21h30 dans un bar pour manger un morceau. Je prendrais une part de pizza, une bière et une glace pour passer la nuit. Cette partie là du parcours n’est pas la plus intéressante et la passer de nuit n’est finalement pas plus mal.

Vers 01h00 je décide de me poser une paire d’heure pour dormir. Je m’installe sous la terrasse d’un restaurant et tente de m’endormir à même le sol dans mon bivy. Malgré le duvet, le drap de soie, le bivy et mes trois couches de vêtement je n’ai pas chaud. Je me réveille vers 04h00, remballe le tout et repars dans un demi sommeil.

Mes plaies me font toujours souffrir, je ne supporte plus de m’assoir sur la selle et roule 90% du temps en danseuse. Ma vitesse décline de plus en plus et j’ai sommeil.

Un rapide coup d’œil sur trackleader (où l’on peut suivre la progression des concurrents) me montre que derrière ça revient. Je savais que cette partie serait mon point faible et qu’il fallait que je limite la casse. L’effet est immédiat et je repars le couteau entre les dents. Enfin il y a de la pente, je n’en pouvais plus de ce plat !

Je fais une brève halte dans une cafétéria pour un café long (équivalent d’un expresso chez nous).
J’arrive enfin à Verone, traverse un centre ville dans la lignée des précédents, sublime, et poursuit vers la première difficulté du jour. J’ai faim mais ne trouve rien sur ma route, du coup j’attaque un sachet de semoule épicée, de bon matin ce n’est pas ce qu’il y a de mieux mais je ne peux avaler que ça !

Le GPS m’indique une première montée de 1000m de positif. C’est parti ! Comme d’habitude c’est droit dans la pente ! La route se transforme en piste puis sentier et là pas d’autre choix que de pousser le vélo. Je peste un peu. A la faveur de la traversée d’un village je m’arrête pour ravitailler. Là encore rien ne me fait vraiment envie. Je prends un paquet de chips, une bouteille de Coca et deux pommes.

Deuxième montée de 1200m de positif qui alterne là encore route (très peu), piste et sentier.
Plus on monte en altitude plus le paysage change et la piste laisse la place à un sentier pédestre. Encore une bonne partie à pousser avant d’arriver à un col et basculer sur une route.

Je suis à 1550m d’altitude. Encore 200m et c’est la bascule, enfin ! Cela me semble interminable.
1766m, point culminant du parcours. Maintenant on est sensé descendre jusqu’à la vallée pour attaquer la dernière difficulté.

Le début est droit dans la pente, dans l’herbe, jusqu’à une route qui mène à une station de ski.
Là le GPS m’indique une nouvelle bosse de 250m de positif. Pfff… je ne l’ai pas vu venir celle là !
Le paysage est magnifique, ça compense largement cette difficulté inattendue.

Une piste sans fin s’ensuit avant de basculer dans la descente. La route est magnifique et les points de vue sur la vallée 1500m plus bas sublimes. La pente est de 20% pendant de nombreux kilomètres. En bas, quelques kilomètres de plat me mènent jusqu’au pied de la dernière difficulté.

Je décide d’un dernier arrêt pour manger avant de terminer. Un sandwich, un soda et me voilà d’attaque pour ce dernier col que j’espère routier histoire de monter plus rapidement.

Je suis bien physiquement et je monte à un bon rythme. La route est plaisante, pas monotone du tout et je rattrape en haut un autre concurrent. Le même doublé après Bologne ! Il m’avouera que cette nuit il n’a pas dormi quand il a vu que je m’étais arrêté !

Bon, le fait de l’avoir repris lui a donné un coup de fouet et je n’arrive pas à le suivre dans son accélération. Pas grave, de toute façon je vais m’arrêter en haut pour prendre des photos tellement c’est beau ! Je n’ai rarement vu plus bel endroit. Je suis vraiment hypnotisé par cette vue.

Je descends tranquillement jusqu’en bas, avale deux trois bosses et rejoint Torbole par une piste cyclable. Je savoure ces derniers kilomètres avec la satisfaction d’avoir bouclé le parcours dans les temps et en ayant pris du plaisir car c’est bien là l’essentiel.

Je voudrais remercier Adeline qui me soutient dans mes périples, les copains qui m’ont envoyé des messages le long du parcours, Topwheels pour les roues, Zefal pour l’équipement et 2-11 cycles pour m’avoir fait découvrir les pneus René Herse. Et enfin les copains de Cyclosportissimo.

Merci à tous !

3 réflexions au sujet de “L’Italy Divide”

  1. Encore du Grand Paulo !
    T’es un monstre physique (on le sait) mais aussi un monstre de résilience mon Paulo ! (…et on le sait aussi !)
    Beau récit, je m’y suis vu. Enfin, non pas vraiment parce que j’ai quand même le sentiment que tu en as un peu bavé .
    Félicitations l’ami et j’espère que tu as bien récupéré
    À très bientot !

    JYC

    Répondre
  2. …si je te réinvite a bouffer! c’est bon, j’ai compris que cela ne servira a rien de me plier en 4!!!!tu bouffes tout et n’importe quoi!lol! joli récit! tu m’as fait voyager…agreablement surpris que tu es pu budgetiser l’achat d’un dérailleur!…j’espere que tu pourras quand meme payer ta taxe fonciere! Bravo Paulo!

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  3. Comme dit Jean-Yves du Grand Paulo comme d’hab !
    Bah je pourrais faire copier-coller du commentaire fait à Laurent
    Juste rajouter que tes Strade Bianche me font rêver (c’est pour dans 3 semaines ) et que soleil et paysages sont des éléments clés pour positiver (ça aussi dixit Thomas)
    Et que serions-nous sans elles ?
    Autre sujet de base dormir 1 nuit/? au chaud (même peu) ou passer chaque nuit dehors ?
    Tu confirmes que poser un peu et (bien) manger avant aident surement à la performance (cf Fiona) même si d’autres ne seront sans doute pas d’accord (Steven, Victor,…)
    Bises Paulo, à bientôt, finalement Patrick on ne se voit pas assez !

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