La B-Hard Ultra Race, une épreuve qui porte bien son nom !

1250 km et 17000 d+ à travers la Bosnie, voilà le menu de la B-Hard Ultra Race. Cette épreuve a été spécialement conçue pour renforcer l’image positive et promouvoir le tourisme d’un pays très discret mais pourtant magnifique tout en permettant aux participants de repousser leurs limites personnelles. L’itinéraire de 1 215 km a été soigneusement conçu pour représenter la Bosnie-Herzégovine “en bref” et traverse des parcs nationaux, longe de rivières, des lacs et des cascades, traverse les sites de ski des Jeux olympiques d’hiver de 1984, ainsi que des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO. La promesse des organisateurs est d’offrir une expérience cycliste inoubliable, à la fois pour les cyclistes d’endurance experts et novices.

Départ à 5h00, donc forcément petite nuit. Je suis bien, je m’emballe complètement et je roule vite avec le groupe de tête. Sur le plat mais aussi dans les montées… Pour ne pas m’arrêter, je ne mange que des barres et un petit sandwich.

La chaleur arrive, l’écœurement aussi, surtout qu’à rouler vite j’ai fait du mal à mon estomac !
Et puis là, ça coince. Après largement plus de 200 km à 28 km/h de moyenne, je ne sais plus précisément. Je ralentis, j’essaie de trouver de la bouffe « normale », mais pas évident là-bas car même s’il y a des stations services partout, ils ne connaissent pas les sandwichs clubs ! J’ai vraiment la gerbe et ça va durer plusieurs heures.

Au final, j’arrive au CP3 après un premier gros orage où je comprends que ma Shakedry C5 n’est plus du tout étanche ! J’ai déchiré la Shakedry Race sur ma chute de la Desertus, j’ai pris l’ancienne, mais je n’avais jamais eu de pb avec elle.

J’essaie de me réchauffer au CP, mais pas de chauffage ! J’enlève tout et après une portion de frite je repars avec un maillot de corps trempé, ma doudoune (heureusement en synthétique donc toujours aussi chaude même mouillée contrairement aux doudounes en duvet !) et la Shakedry pour la protéger quand même un peu car elle n’est pas waterproof !

Sur le plat c’est top, mais dans les cols, impossible j’ai beaucoup trop chaud ! Je suis à chaque fois obligé de me déshabiller et de remettre mon maillot Assos manches longues trempé à la place. C’est usant et je suis gelé.

J’arrive vers 3h30 au CP5, km 500 et l’idée est de me poser 3h car je suis naze. Mais là, aucun hôtel dispo car rassemblement moto dans la ville ! L’hôtel hébergeant le CP nous autorise à nous poser par terre dans leur salle de réception, mais à 5h00 il faut être parti !! 40 mn à fermer les yeux, je repars fracassé !

Heureusement il fait beau, et j’attaque les montées vers le CP6, 110 km plus loin seulement. Mais ça monte et la température aussi et surtout c’est une grande route où tu as l’impression de jouer ta vie chaque fois qu’une voiture te frôle…Il y a des stèles à la mémoire de morts sur la route tous les 300 m pendant des km, ça fait peur, honnêtement les locaux sont des malades sur la route, rien de les arrête !

Je décide de faire une petite sieste d’1h00 sur un hamac au CP6, je suis réveillé par la pluie au bout de 45 mn ! Je me dépêche de repartir et là c’est le déluge et je n’ai aucun endroit où me mettre à l’abri dans la montée que j’ai attaquée ! C’est tellement le déluge et je suis tellement mouillé jusqu’à l’os et gelé que je décide de faire 1/2 tour pour aller me mettre à l’abri au CP.

La pluie est là pour la journée et le lendemain également d’après les prévisions, ça attaque mon moral et je songe même à abandonner ! Pour moi, à ce moment, impossible de rouler trempé sans me mettre en danger.

Finalement le restaurateur trouve un vieux radiateur bain d’huile et au bout de presque 4h mes affaires sont sèches… Mais il pleut toujours donc comme je ne suis plus étanche…

Grâce aux groupes WhatsApp, aux messages sur FB, je me motive et je repars… Je dormirai au CP7 dans 100 bornes. Petite journée sur le plan des kms, je ne joue plus le classement, je veux juste finir et si possible dans les temps (90h). Mais je ne dois plus traîner et la suite s’annonce très dure, CP tous les 130/140 bornes avec 2800 mini et maxi 3400 de d+ entre chaque !

Je décide malgré tout de dormir 5h au CP7, il faut que je sois fort et reposé pour attaquer la suite avec de vraies chances de réussite. L’arrivée au CP8 est dantesque, je tourne un moment avant de le trouver tellement il y a du brouillard épais ! Mais un bon repas et un feu de bois me réchauffent le corps et le cœur et je suis d’attaque pour le 2eme gros morceau !

Mais les routes sont défoncées et les orages ont amené cailloux, terre, branches sur le bitume… La vigilance est à son max, la zone est déserte et même pas couverte par le réseau téléphonique ! Le CP9 est au km 990, je veux l’atteindre ce soir, cela me laissera une journée pour terminer. Et puis on va traverser Sarajevo et j’ai l’espoir de m’acheter une veste de pluie et ça me donne une bonne motivation ! Je perds 1h pour trouver une veste de pluie, étanche mais pas du tout respirante, donc au final pas top non plus.

Et la traversée de Sarajevo c’est le salaire de la peur ! Franchement, à vélo c’est chaud, j’ai même moins peur dans Paris !

La fin de cette portion ressemble aux Pyrénées, et la toute fin au Pays Basques avec plusieurs kms à plus de 15 % Il faut que j’arrive, je suis naze, je commence à avoir des hallucinations… Les derniers kms sont interminables !

J’arrive enfin et je me couche à 4h00, réveil mis à 6h00. C’est pas énorme, mais pas le choix, il me reste 240 km avec de beaux cols et l’heure limite est 23h00. Sur le papier ça peut paraître large, mais au final cela laisse peu de temps pour résoudre un éventuel pb en cours de route.

Je me sens bien, comme à chaque course l’appel de l’arrivée se fait sentir et je vais faire cette journée à fond ! Et ça passera « large » finalement. Mais du coup je me suis explosé les cuisses ! Je suis content d’avoir fini dans les temps car ce fut épique et honnêtement c’était vraiment dur, en terme de dureté je la classe 2eme derrière ma TPRN2 de l’automne dernier.

La récup sera difficile, c’est comme si mon corps ne gérait plus les variations de température. J’ai soit très froid, soit très chaud, épisodes de fièvres les nuits passées et quand je prends un Doliprane je me liquéfie, le lit est trempé !

Grosse douleur à l’estomac également mais ça ce n’est peut-être pas que la course. Les jambes étaient très douloureuses le lendemain de l’arrivée, mais ça va mieux au bout de 48 heures.
Insensibilité main gauche comme d’habitude, idem pour les pieds et j’ai les fesses très abîmées. A la fin j’ai fait toutes les dernières ascensions sur les prolongateurs pour les soulager ! J’avais pris un cuissard plus fin puisque j’avais eu les fesses abîmées avec le Assos épais, et bien c’est pire ! Je crois que la selle ne va pas en fait.

Je ne dis pas ça pour que vous me plaigniez, mais juste pour dire une fois de plus que, contrairement à ce qu’on lit parfois sur FB, une course d’ultra-distance en vélo de plus de 1000 km n’est en rien anodine sur la santé.

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